Pour moi, album tenu par 3 diptyques d’une qualité que je n’attendais plus.
° Le plus impressionnant de ces tandems je vous le donne dans le mille : « que je devienne/ne plus renaitre »… Avec une intro de cimetière grimaçant (où on entend même notre bonne vieille « horloge »), scandée par des percussions à tomber à la « tomber 7 fois ». Paroles éclatées au summum de la poésie bien écrite.
Enfin Mylène revient et ne fait plus que jouer à la méthode Coué ! Ces dramatiques chansons sont d’une sincérité gothique addictive comme il nous en manquait depuis quelques albums !
La première est donc tragique, lyrique, comme sous l’effet d’un rêve romantique extatique et mystérieux. Quelle ouverture de concert rêvée qu’une telle chanson sépulcrale, sensuelle et tragique. Mythologique dans cette vision où elle se voit en muse. Chanson aux multiples références littéraires.
« Ne plus renaitre » en est de facto presque la suite, franchissant même au passage un pas dans le pessimisme funèbre. L’extase fait alors place au désenchantement le plus… « désenchanté » ! Voix de grave qui nous manquait tant, des « alice, m’effondre » dont elle reprend d’ailleurs les ambiances, avis aux amateurs… Pop nacrée et psalmodiée comme un « agnus dei » mâtiné de « love song » et de « pas d’access », cette prière funèbre et cryptique est complètement hypnotique. Comptine spectrale parlant de destruction par le feu. Paroles fragmentées dans un vortex même plus pessimiste que la collapsologie : à quoi bon sauver ce monde de ses cendres ? Avec cette « étincelle » en guise de refrain entêtant, la cauchemardesque Mylène est définitivement de retour ! Inclut un caméo étonnant de l’outro de l’album « point de suture ».
° Diptyque suivant : 2 morceaux dark, cliniques, acérés et géniaux même si dans la prod, le rythme, la mélodie et le thème, étonnement trop jumeaux. « L’emprise », morceau éponyme, j’adore, mais je ne me remets pas de sa ressemblance avec « à tout jamais » : on en dirait presque une première démo. A la longue, je pense faire à chacun de ces morceaux aux beats bien martelés addictifs des places bien distinctes.
° Troisième diptyque, la pop fraiche de Moby a frappé et va ressusciter tous les dépressifs ! Quel bonheur que ces 2 tubes immédiats et joyeux, aux paroles graves mais à l’aura bondissante irrésistible : envie d’aller courir sur la plage, des larmes d’euphorie aux yeux !!! Le titre banal et téléphoné de cette « bouteille à la mer » me faisait craindre la ballade soporifique… Paf quelle claque ! Ce titre devient peut-être mon hit de l’album. L’urgence est joyeuse, tonique. Quel hymne, quel tube !! Quant à « allumer les étoiles » (encore un titre de collégienne) il fait mouche idem, avec ses choeurs presque gospel (Carole Fredericks sort de ce corps !).
Mélodies scandées, effrénées, joyeuses, qui réveillent mes vieux démons adorés (« appelle mon numéro, l’histoire d’une fée, c’est une belle journée… » et autres bonbons naifs inavoués), la patte Moby est bien là. Cet alien surdoué pour balades et onirisme inquiétant est aussi surdoué pour la pop immédiate et enlevée, ne l’oublions jamais.
Pour le reste : l’électro futuriste intéressante du « rayon vert » (beau clip, belle atmo, refrain addictif), du paradis inanimé 2.0 avec cet « autre part » (du mylène classique en spleen/PLS, on appréciera les volutes madonnesques à la « Frozen »). On ne dit pas non. Les précédents sont juste si bons que ca pourrait paraître en dessous, mais on ne boude pas son plaisir.
Et enfin, les 4 derniers morceaux, vous l’avez malheureusement senti venir, sur lesquels je passe mon tour, toutes les ballades de l’album, bien en-dessous, et que je sauve à peine.
Pour ma part, les chuchotements en « apesanteur » et « do u know… » ne me font ni chaud ni froid. « L’aube » et « invisibles » forcent sur les violons mièvres et dégoulinants, sont beaucoup trop grandiloquents, caricaturaux et apprêtés. La tentative symphonique ici n’est pas finaude et on entend trop « nous bobos de la nouvelle scène on veut/peut faire du symphonique avec la diva »
… Donc des jolies ballades à fioritures mais plus tièdes que tous les « redonne-moi, inamorammento, si j’avais au moins, , je te dis tout, rêver, quand… » du monde ; pour le coup ces belles ballades farmériennes pré-citées ne sont pas surpassées.
« Invisibles » se détacherait même plus, dépouillée de ses maniérismes, en simple piano-voix
Alors voilà. Cocon foetus fragile ou cyborg guerrière, qu’elle renaisse et ne devienne ou pas, en un mot, bravo à madame l’artiste. Edouard D.