2007-05-28
Brillant et étrange
Il est curieux de constater que là même où il s'agit de pures improvisations sur des standards éternels de son vieux maître Duke Ellington, la marque Mingus demeure intacte, dans toute son originalité. En effet son "Workshop" est ici éclatée pour laisser place à une bataille de saxophones éblouissante, où chacun y va de sa citation, de son hommage ou de son audace: Roland Kirk, par exemple, dans son solo de C Jam Blues, rend hommage à Coleman Hawkins, mais aussi Ben Webster et Sonny Rollins pour conclure avec une auto-parodie désopilante; McPherson est d'une superbe brutalité, très puissant, tandis que Faddis semble un peu éteint devant ces teigneux si brillants.
Et Mingus, alors? pas un solo, évidemment - et pourtant il est littéralement obsédant, lui et sa walking-bass pendant les deux seuls morceaux qu'on a bien voulu nous proposer (où sont les autres?): lorsqu'on lui demandait pourquoi il continuait à utiliser ainsi la contrebasse, il répondait : "Parce que je suis le seul à le faire". Bref toute la tradition de son instrument se retrouve dans cette sonorité surpuissante, ronde et boisée, dans ces légers décalage par rapport aux drums de Richmond, dans cette assise si parfaite...De la même manière, ce n'est pas étonnant que l'ensemble sonne à sa si reconnaissable façon, puisque de son seul charisme il rend un ensemble hétéroclite (c'est le moins que l'on puisse dire) cohérent. Cette gravure est un cadeau.