Le plaisir de la misère sociale
Je ne connaissais pas le réalisateur, donc aucun a priori. Je ne connaissais pas l’histoire non plus : je voulais voir un autre film qui finalement n'était pas au programme, et j’ai donc vu Mommy.
Passée la curiosité d’entendre parler le québécois (version originale sous-titrée en Français), dans un langage «de la rue» (de la vie) dont la grossièreté ne surprend plus, tant les médias l’ont rendue vulgaire, et finalement banale, on commence à entrer dans cette histoire par la singulière relation mère-fils qui se déploie dans toutes ses possibilités contradictoires jusqu’à la fin du film.
Le jeu des actrices est excellent, en particulier celui de Suzanne Clément (Kyla).
Pourtant, il subsiste une atmosphère étrange dans ce film, qui ne m’a jamais fait oublier que tout ceci est une belle fiction émotionnelle sur fond de misère sociale et affective.
Un "happy-end" est esquissé sous forme d’une divagation digressive, mais il est vite dissipé par une sorte de retour pessimiste à la réalité, retour dont la seule fonction est de donner plus de crédit à l’ensemble de l’histoire : était-ce seulement nécessaire ?
Nous restons quoi qu’il arrive libres de vivre à notre manière l’ensemble de nos conditionnements : peu de différences finalement entre les conditionnements social, familial, psychiatrique, sexuel, lorsque tout est rapporté à la brièveté, la singularité, et l’éphémère de l’instant : le «pour qu’il reste un espoir» de Die (alias “Mommy”) raisonne comme une sentence, une fatalité à laquelle on ne peut échapper.
Je reprocherais au cinéaste Xavier Dolan, la scène du centre commercial qui est un excès manifeste de recherche de conformité psychologique et donc de justification, là aussi, une recherche de crédibilité formelle.
Finalement, pour tenter de s’extraire de cette vision «sans espoir» que Dolan n’essaye même pas de masquer (la scène finale est tout sauf une ouverture) il nous reste la justesse des scènes de la banalité où les sentiments naissent de presque rien, et avec eux autant de possibilités indéterminées.
Reste toujours cette violence, incontrôlée, apprivoisée que douloureusement par l’amour maternel — au cœur du film — et dont il semble parfois qu’elle aille de pair avec la violence des mots. Kyla, prof de lettres devenue quasiment aphone, la seule à faire espérer un semblant d’équilibre, représente bien un espoir, mais un espoir d’emblée entravé par ses propres conditionnements.
La véritable liberté n’est jamais là où on l’espère.
Enfin, je n’aime pas cette idée que ce film deviennent un genre, avec ses codes, ses clés, et surtout je n’aime pas l’idée que le cinéma soit une occasion pour des sensations qui désertent nos propres vies.
Ce film est caractéristique de notre époque : il nous parle de nos conditionnements et du plaisir qu’on éprouve à les voir mis en scène, surtout si on est un peu dérangé sur son fauteuil, le tout est que l’on ait son compte d’émotions.
Pour ceux qui ont oublié que la vie est dure, très dure, qu’il y a quand même quelques «bons moments» et qui ont perdu le mode d’emploi de l’existence. Mais personne n’osera dire, je pense : «la vie est sans espoir», on préfèrera dire : «c’est un bon film».